Homelie de circonstance à l'occasion du jour de
Mgr. Jacques Théodore Holly.


« Philippe et l’eunuque descendirent tous deux dans l’eau, et Philippe baptisa l’eunuque. »  (Actes 9 :38)

          C’est pour moi un honneur, un plaisir et une grande joie d’être ici aujourd’hui pour célébrer avec vous la vie et le témoignage de Mgr. Jacques Théodore Holly, premier évêque d’Haïti et le premier évêque noir de l’Eglise Episcopale qui est mort en cette dâte  il y a 97 ans. Nous sommes heureux surtout parce que nous célébrons aujourd’hui le fait que l’Eglise Episcopale a décidé d’ajouter Mgr. Holly à son hagiographie officielle. Puis-je exprimer ma profonde gratitude à Mgr. Duracin, votre inestimable père en Dieu, pour son aimable invitation. Une invitation qui est pour lui un acte de foi, car la dernière fois que j’ai prêché un sermon en français c’était dans ce même pupitre il y a vingt ans, et je crains que depuis cette date j’ai oublié beaucoup. Pour cette raison, je vous prie de m’excuser mes fautes grammaticales ou même les insultes qui, je vous assure, ne sont pas intentionnelles !

        Je vous apporte les prières et les félicitations du clergé et du peuple de ma Paroisse, l’Eglise du Calvaire à Pittsburgh, Pennsylvanie. Puis-je ajouter que je suis très heureux de rentrer en Haïti, un pays qui possède un endroit spécial dans mon cœur. J’ai fait peut-être une douzaine de visites à ce beau pays, dont la première était en 1976, et la dernière était en 1984 quand j’étais ici comme observateur à l’élection Episcopale. A l’occasion de ma première visite, j’étais accompagné de ma femme et de mon fils, qui avait 3 ans et il a appris ici une leçon importante de langue et de diplomatie. Nous avions été en République Dominicaine pour quelques semaines où Justin avait appris quelques expressions en Espagnol. Quand nous sommes arrivés à l’aéroport de Port-au-Prince, nous sommes allés tout de suite à notre hôtel, où on nous a servis le petit déjeuner. Justin disait au garçon « Muchas gracias ». Je lui ai corrigé, expliquant que nous sommes maintenant dans un pays francophone, où on dit « Merci beaucoup ». Il était gêné. Après cette expérience, chaque fois que nous allons quelque part en avion, il nous a demandé, « Qu’est-ce que c’est la langue qu’on parle à notre destination ? »

          Pourquoi célébrons-nous aujourd’hui cette fête de Jacques Théodore Holly ? Qu’est-ce que Mgr. Holly a fait pour mériter une place dans la liste des saints de l’Eglise Episcopale ?

         Jacques Théodore Holly était visionnaire. Pendant sa longue vie, il a toujours imaginé que son existence, et l’existence de ses frères et  sœurs pourrait être meilleur. Né comme homme libre au début du XIXe siècle quand la plupart des noirs au Etats-Unis était en esclavage, il reconnaît que sa liberté était un don spécial. Mais il était convaincu que la vraie liberté pour les noirs ne pourrait pas se réaliser aux Etats-Unis, où les noirs seraient toujours citoyens de deuxième classe. Il rêvait d’être toujours émigré, devenant citoyen d’une république noire, où les gens de couleur pourraient être au pouvoir, et pour cette raison son rêve c’était d’émigrer en Libérie (en Afrique de l’ouest) ou en Haïti. Haïti, comme vous savez, avait gagné son indépendance de la France en 1804, et le gouvernement américain n’était pas content parce qu’il croyait que cet évènement, la naissance de la première république noire de l’hémisphère occidentale, donnerait de l’inspiration aux noirs américains qui étaient toujours dans les chaînes de l’esclavage.

          Le gouvernement américain avait peur que les esclaves, inspirés par les actions de Toussaint Louverture, montaient une rébellion pareille.

         Je voudrais suggérer que de la même façon que Holly, comme émigré, a planté les idées de liberté chez les esclaves ; Holly l’Evêque a aussi inspiré les Episcopaliens noirs aux Etats-Unis à vouloir, eux-mêmes, un Evêque de couleur, mais cette possibilité était bloquée par les structures racistes de l’Eglise. La consécration de Holly en 1874 et celle de Fergusson en Libérie en 1885, donnaient de l’espoir aux noirs américains qui ont finalement reçu le don de deux Evêques de couleur en 1918, même quand ses ministères en ses actes épiscopaux étaient limités au peuple noir.

         Nous célébrons aussi aujourd’hui la vie d’un pionnier; beaucoup de personnes ont effectivement discuté la possibilité d’émigrer, mais Jacques Théodore Holly était le seul qui a vraiment laissé les environs familiers des Etats-Unis et a déménagé avec sa famille et ses paroissiens de l’Eglise Saint Luc à New Haven, et a fait le voyage en Haïti.

        Nous célébrons aussi aujourd’hui la vie d’un homme de sacrifice. Arrivant aux rives haïtiennes en 1861, avec quelques douzaines de colonistes de New Haven, il a dû enterrer sa femme, deux de ses enfants et sa mère, victimes tous de la chaleur et des maladies tropicales. Pendant son ministère en Haïti, il a vu de nombreux orages et tempêtes, soit météorologiques, soit politiques. Il a construit l’Eglise mère du diocèse: l’Eglise Sainte Trinité, qui a été par la suite détruite en incendie quatre fois ! Mgr. Holly, comme les travailleurs en Egypte a dû faire les briques sans avoir de la paille. Il n’a jamais reçu du bureau des missions de l’Eglise Episcopale assez d’argent pour les opérations du diocèse haïtien, alors que que ce même bureau avait trouvé assez de fonds pour les autres diocèses missionnaires qui étaient sous la direction des blancs...
          C’est pour cette raison qu’on a choisi pour la fête de Jacques Théodore Holly la leçon du livre des Actes des apôtres, qui nous décrit le baptême de l’Eunuque éthiopien aux mains de l’apôtre et diacre saint Philippe. Holly et Philippe ont eu beaucoup en commun. Tous les deux ont quitté leur propre pays, et ont choisi un nouveau pays. Dans chaque cas, c’était une nation noire. En effet, le voyage de saint Philippe en Ethiopie symbolise pour les chrétiens que c’était en cette date que l’évangile a été apporté pour la première fois à la race noire. Mais saint Philippe n’a pas simplement évangélisé l’éthiopien, il lui a enseigné aussi. Il a trouvé l’éthiopien, assis dans son char, lisant la Bible. Immédiatement, il a commencé à lui expliquer la signification du texte qu’il lisait.  Mgr Holly, enseignant, a commencé son ministère en Haïti de la même façon. Il croyait que rien n’était aussi important pour la race noire que l’éducation. L’éducation peut assister, croit-il, à élever les noirs de la pauvreté et de l’ignorance !

          Mais, il y a une autre similarité entre les deux évangélistes : Philippe et Holly. L’éthiopien était un eunuque, une personne empêchée par la loi de Moïse d’entrer dans le temple, la congrégation des fidèles, à cause de sa condition, c’est-à-dire parce qu’il ne pouvait pas reproduire. Mais Jésus avait changé tout cela ; proclamant que les eunuques seront toujours les bienvenus à la table. Aussi l’homme noir était une espèce d’eunuque, selon Holly, car lui aussi était empêché de participer comme citoyen de première classe dans l’Eglise.

          Les objections théologiques enlevées, maintenant il ne restait qu’un problème pratique. Mais c’était l’éthiopien lui-même qui a offert une solution. « Voici de l’eau. Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » Et puis regardez ce qui s’est passé. Philippe, selon saint Luc, a descendu dans l’eau avec le candidat de baptême. Il pouvait choisir de rester debout sur la rive du petit lac, versant l’eau au-dessus de la tête de l’éthiopien. Mais non, saint Luc nous dit que : « Philippe et l’eunuque descendirent tous deux dans l’eau, où le baptême a eu lieu. Tout nu, comme le candidat, il est entré dans le petit lac qui est devenu forte, il s’est identifié avec l’éthiopien, devenant mouillé avec lui, même qu’il était déjà baptisé !
         Mes sœurs et mes frères en Christ, ces actions décrivent, je vous propose, la vie missionnaire de Jacques Théodore Holly. Il a voyagé dans un pays étranger. Il a trouvé là-bas une race de peuple qui, comme les eunuques étaient exclus de la participation dans la vie de l’église. Il les a enseignés, il leur a donné du pouvoir. Il leur a donné de l’inspiration ; il leur a donné de l’espoir, il leur a apporté la foi catholique. Et puis il les a baptisés. Et comme Philippe il s’est identifié avec le peuple, entrant, on peut dire, avec eux dans les eaux du baptême. Les eaux sont parfois froides et effrayantes.
          Holly n’avait pas un ministère supérieur, mais était prêtre et puis Evêque au même niveau que son peuple, travaillant comme fermier, travaillant même quand c’est nécessaire comme cordonnier. Il croyait que ses fidèles devaient être non seulement chrétiens mais citoyens productifs de la république, capable de contribuer au bien être de la nation et de la race.

         Nous nous réjouissons aujourd’hui que Mgr. Holly est inclus dans le Lesser Feast and  Fast. Laissez-moi vous conter une petite histoire, même une parabole. Il y a plus de vingt ans, que j’étais membre de la commission de Mission mondiale de l’Eglise Episcopale. A une réunion à Miami, on a suggéré que l’Eglise publie un livre de petites biographies, avec les histoires de quelques missionnaires choisis. Dans ce livre on aurait des vignettes qui décrivaient la vie de  personnes comme Philander Chase, missionnaire à Ohio, Samuel Isaac Joseph Schereschewski, missionnaire en Chine, John Henry Hobart, missionnaire aux champs sauvages de l’Etat de New York. Après cette présentation, moi, j’ai demandé pourquoi tous les missionnaires étaient blancs. Où, j’ai demandé en Jacques Théodore Holly ou Samuel Ferguson de la Libérie, ou Janani Luwum, feu archevêque de l’Ouganda, qui est devenu martyr. On m’a répondu  que dans un tel livre, le missionnaire favori de beaucoup de personne ne serait malheureusement pas inclus.
Quel dommage ! Jacques Théodore Holly a dû rappeler à l’Eglise que les peuples de couleur existent et nous ne sommes pas invisibles. Et plus que cent ans plus tard, Il me faut faire la même chose, insister que ceux qui ne sont pas blancs ont aussi un endroit à la table.

         Il y a quelques personnes qui, victime de racisme, seraient heureux de laisser l’Eglise qui les ont maltraités. Pas Holly. Il a dit que nous ne devons pas abandonner l’Eglise que nous aimons, parce que c’est la grâce de Dieu qui présente l’Eglise malgré qu’elle possède des administrateurs qui ne sont pas dignes.
Dans une période de l’histoire quand la Communion Anglicane est blessée, pleine de divisions ; à une période ou plusieurs africains malheureux que l’Eglise pratique un ministère de l’hospitalité à tous, c’est intéressant qu’Holly, il y a 125 ans a dit: Nous ne devons pas abandonner l'Eglise.
          La race africaine doit trouver dans les églises de la Communion Anglicane une force qui peut les élever à la plénitude de son existence comme homme. Peut être que Mgr. Alcinola doit écouter les paroles de Mgr. Holly même du tombeau.
         Mes sœurs et mes frères en Christ,  il nous faut donner de l’honneur à la sainte mémoire de Jacques Théodore Holly nous l’honorons quand nous devenons les mains et les bras de Jésus, dédiés à enrichir le corps de Christ qui est l’Eglise. Nous l’honorons quand nous donnons de l’assistance aux oubliés, ou comme dit Frantz Fanon, les damnés de la terre, les pauvres, les aveugles et les opprimés. Mais surtout nous honorons Jacques Théodore Holly quand nous déclarons que la sainte Eglise Catholique c’est pour tout le peuple de Dieu, non seulement les riches, non seulement ceux d’une certaine race ou groupe ethnique, mais pour tous pour lesquels le Seigneur est mort sur la croix.
           Nous honorons Jacques Théodore Holly messager en livrant plus de justice en son nom quand, en son nom nous devenons des moissonneurs. Ecoutez les paroles de l’hymne que nous avons chanté ce matin : « au loin déjà la moisson est blanchit mais il n'y a que peu de moissoneurs...» Au nom du Pere et du Fils et du Saint Esprit AMEN

Rév. Chanoine Alfred T. Lewis